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ÉCONOMIE

En dépit des fléaux naturels et des événements historiques, Remete est, du point de vue démographique, l’une des localités les plus dynamiques de la région. Au cours du 19eme siecle sa population a pratiquement doublé, passant de 2759 habitants en 1838, a 5215 habitants en 1895. Une question se pose alors : d’ou la population a t’elle pu tirer sa subsistance ? En ce qui concerne la fertilité des terres, les habitants de Remete disent eux-memes, en 1820 : «La moitié des terres de la commune est pauvre et ne produit presque rien d’autre que de l’avoine. La terre est labourée par les betes de somme, elle donne généralement du seigle, de l’orge, du lin, du chanvre, de la lentille et des pommes de terre. On doit labourer la terre a trois reprises et il faut l’amender. La terre bien cultivée produit généralement six meules, une meule donne un boisseau et demi (~15 litres), tres rarement davantage». En ce qui concerne l’élevage, ils affirment : «Il y a assez de pâturages pour toutes sortes de bétail. Les prés sont bons, ils donnent du bon foin pour la nourriture des animaux, mais parfois apres le débordement des eaux du Maros, les champs sont recouverts de vase et le foin est abimé».

En raison des possibilités limitées de l’agriculture, l’histoire du village au cours des 18eme et 19eme siecles se caractérise par une lutte avec les communes voisines pour la possession de terres arables et de pâturages. A la suite de conquetes et de proces (1662, 1674, 1707, 1713, 1768, 1774, 1823, 1826), Remete fit l’acquisition de terres telles que les parcelles Gergelyvesze et Limbusz, dans les localités de Galócás (Gălăuţaş) et Fülpe (Filpea) et, a Borszék (Borsec),des terrains nommés Árokháza et Bikafő.

C’est avec Szarhegy (Lăzarea) que Remete eut le plus de querelles pour les forets de Görgény (Gurghiu). Les contrats et les accords entre les deux villages visant les coupes individuelles furent de courte durée. Ainsi, les gens de Szárhegy ne purent-ils pas exploiter les forets communes parce qu’en 1760, les habitants de Remete abattirent les arbres pour gagner des pâturages et des herbages. Il y eut des proces pour les hautes montagnes de Kecskekő, Emberfő et Bătrîna, qui, conformément au contrat de 1725, devinrent finalement, et jusqu’au début du 19eme siecle, propriété des habitants de Remete.

Quant a l’artisanat et au commerce, le document déja mentionné constate : «Il y a dans le village deux maréchaux-ferrants, un menuisier, deux tailleurs et presque chaque agriculteur s’entend a fabriquer des chariots car ils ont assez de bois pour cela». «Il y a dans le village trois magasins ou l’on vend de menues marchandises». Une centaine d’années plus tard, en 1910, sur une population de 6206 habitants, seules 144 personnes sont occupées dans l’artisanat et le commerce.

La faible productivité de la terre et les conditions climatiques ne permirent pas a l’agriculture d’assurer la subsistance d’une population en forte augmentation. L’exploitation forestiere et le flottage compléterent le revenu des familles dépassant, avec le temps, celui provenant de l’agriculture.


FOTTAGE

Le flottage sur le Maros est une tradition millénaire. Il est déja pratiqué a l’époque romaine, ce qu’atteste une inscription trouvée a Gyulafehérvar (Alba Iulia) faisant mention d’un Collegium plutarium. Pendant des siecles, le Maros a relié Gyergyó au reste de la Transylvanie. Ceci n’échappa pas aux yeux d’aigle de l’empereur Joseph II, lors de sa visite a Gyergyó. La Diete de Transylvanie de 1626 mentionne que les produits du bois les plus recherchés du pays sont la planche et le bardeau de Gyergyó, transportés en partie sur des radeaux.

On ne connaît pas précisément le début du flottage a Remete mais en 1714, Laczkó István, un primipilaire, déclare a l’âge de 50 ans : «il y a 35 ans que j’ai commencé a faire flotter le bois». En 1838, Fodor Andras remarque : «Remete est le plus grand lieu de rassemblement de radeaux achetés a Gyergyó, d’ou on a l’habitude de les faire partir au pays». L’exploitation forestiere commençait apres les travaux agricoles d’automne. L’hiver, le bois abattu était transporté sur des traineaux jusqu’au Maros et assemblé en trains de bois. C’est la que les commerçants saxons, arméniens et sicules se rencontraient et préparaient les équipages pour le flottage. Des le mois d’avril et jusqu’en juin, sur le Maros grossi par les pluies de printemps et la fonte des neiges, on faisait flotter 150 a 200 radeaux par jour jusqu’a Szaszrégen (Reghin), Marosvásárhely (Târgu-Mureş), Gyulafehérvar (Alba Iulia), voire Arad ou Szeged (Hongrie). L’exploitation des forets et le flottage étaient des travaux durs. Ce fait est illustré par la note du pretre Bocskor Janos de 1838 : «Tandis que certains dorment d’un profond sommeil, a minuit le flotteur doit quitter son lit chaud, dans un froid terrible ; a trois heures du matin au clair de lune, des centaines d’hommes traversent les hautes montagnes enneigées avec leurs boeufs, sur une distance de deux ou trois milles, pour chercher leurs troncs couverts d’une couche de neige allant jusqu’a mi-corps. Quelle fatigue pour dégager les troncs de sapin enfouis sous la neige et les disposer ensuite sur les petits traineaux, que d’attention et de peine pour descendre sur les chemins étroits et les versants accidentés pendant des heures, avec des chargements de 7 a 8 toises (env. 15 metres), et éviter qu’ils ne tombent dans les profondeurs abominables ou que les boeufs épuisés ne se blessent !».

Les taxes douanieres modifierent sensiblement le salaire des flotteurs. Avant 1714 on ne devait payer de taxe qu’en trois lieux jusqu’a Gyulafehérvar (Alba Iulia). Le nombre de douanes se multiplia vite, atteignant le chiffre de 13, et il fallut payer un polturat (monnaie d’argent) par douane.

L’arbitraire des seigneurs terriens et des marchands rendit la vie des flotteurs difficile. Voici quelques-unes des plaintes: en 1749, le flotteur Ivacsony Mihaly raconte que les commerçants de Szaszrégen (Reghin) leur refuserent a maintes reprises d’aller plus loin, de maniere a pouvoir acheter leur bois meilleur marché. Farkas Janos affirme qu’a la douane de Petele il y eut un véritable accrochage entre le seigneur terrien et les flotteurs de Remete. Les hommes de Rhédei Adam battirent a trois reprises le flotteur Bege Miklós et volerent 24 troncs sur ses dix radeaux. David Miklós se plaignit qu’a Gernyeszeg (Gorneşti) Teleki Sandor, le comte lui-meme l’arreta, le tint en captivité sept jours et confisqua deux troncs sur chacun de ses radeaux.

Il faut encore mentionner les accidents inhérents au flottage, accidents souvent mortels mais malgré tout, le flottage devint la premiere source de revenus pour la population, dépassant l’agriculture.

Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des flotteurs étaient astreints au service militaire. Jusqu’en 1848, précisément, ils durent remplir leurs obligations de gardes-frontieres. Voici comment la publication «Nemzeti Tarsalgó» présente, en 1839, les Sicules qui surveillaient la frontiere : «Peu ont un métier, ils ne font pas de commerce, ils ne remplissent aucune fonction, ne reçoivent pas de solde, pourtant ils ont un foyer honnete, nourrissent et habillent leur famille, accomplissent le service militaire a leur frais, assumant la charge civique et celle du service militaire».

EAU MINÉRALE

Les sources d’eau minérale constituent l’une des richesses du village. La dépression de Gyergyó est une formation post-tectonique, remplie de sédiments du pliocene tardif et du néogene. Des sédiments volcaniques alternent avec de fins sédiments fluviaux (alluvions). Dans certaines régions de la dépression, tout au long du Maros (Mureş), des jaillissements permanents de CO2 se melent aux eaux souterraines. Sur la ligne Vasláb-Újfalu-Csomafalva-Remete (Voşlobeni-Suseni-Ciumani-Remetea) et sur certaines portions du lit majeur du Maros, il y a des émanations gazeuses. A Csomafalva, les caves de plusieurs maisons présentent des phénomenes de mofette.

A Remete, tout au long du Maros, sur une distance de 2 km et une largeur variant entre 300 et 400m, de l’eau minérale gazeuse est présente a l’état naturel. Les résultats des analyses chimiques prouvent que la meilleure eau minérale de la dépression se trouve a Remete.

Localités Concentrations minéralogique Concentrations en CO2
Újfalu (Suseni) 0,41 g/l 0,8 g/l
Csomafalva (Ciumani) 1,1 g/l 0,7-1,0 g/l
Remete (Remetea) 1,5 g/l - Fürdő (Bains)
1,6 g/l – Központi kút (Puits central)
1,7 g/l

D’apres Artenie Pricăjan, spécialiste roumain en eaux minérales, en effectuant des forages entre 30 et 150m de profondeur, on trouverait dans le sous-sol de Remete de l’eau minérale embouteillable, dont la qualité pourrait rivaliser avec celle de Borsec.
 
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